Elle a le regard vide à travers ses yeux clos. Elle fixe le chaos. Son angoisse est palpable à chacun de ses mots, et ses gestes sont lents, elle est atteinte d'une rare tendresse qui ne touche que les enfants. Derrière ses boucles blondes un visage pâle, un visage d'ange. Sa bouche est bien rose et ses yeux bien trop bleus. Quand elle ferme ses paupières, toute la lumière du monde s'échappe avec elle. C'est ce regard lourd, ces sensations intenses, cette vie au pluriel. Conjugue-moi au présent. C'est ici et maintenant. En plein milieu du front c'est le chaos que tu vois. L'obscurité dans mes yeux c'est cette noirceur au fond de l'âme, c'est la tendance qui m'a enlacé, embrassé. Le noir m'a emporté. La décadence s'est frottée à mon corps. Elle l'a défloré. C'est cette putain qui a éraflé mes os, frappé mes creux et mes bosses, travaillé au fer la douceur de ma peau, et elle s'est tendue ma belle, que voulais-tu? La décadence m'aura violé. Et aujourd'hui je ne sais plus bien si je ne suis pas moi-même une putain. Est-ce qu'on ne le devient pas à regarder les heures, à regarder les coeurs, à penser à ces mains, jeux interdits, je te le dis, elle m'a eue, elle m'a conviée, je l'ai rejointe, elle m'a violée, je suis une putain. Mes cheveux ont rougi de la chaleur du diable, et je montre mon corps, je me veux désirable. Je scrute les corps, masculins, féminins, peu importe, à l'intérieur je suis pourrie, gangrénée. A rien ne sert de réfléchir lorsque l'on n'a plus rien à perdre. Quelle dignité, lorsque mon corps s'est retrouvé emprisonné, puis détaché de mon ame. Un fruit pourri écrasé sur le sol qui répand autour de lui sueur et odeur, sans aucun complexe, sans retenue. Tu me vois nue, même habillée.
Un morceau de tissu ne peut pas couvrir un coeur déchiré. Alors oui je suis une putain et dans la rue, les gens se retournent sur mon cul, sur ma silhouette fine, sur mes bosses et mes creux. Et oui je m'en contrebalance. Alors je les provoque. Toujours et encore un peu plus. Les limites n'existent plus. Ne me regarde pas comme ça, tu sais bien que ça n'est pas moi, pas moi qui parle, qui mate ou qui baise. Mon âme est ailleurs, bien loin d'ici, entre les bras de la Décadence, en train de pleurer. Pourquoi me laisses-tu faire, mon ange? Tu ne me protèges plus je te fais honte je te dégoute, ouvre ta bouche rosée et parle moi, explique moi pourquoi je suis une putain, pourquoi tu es un ange, pourquoi je suis si torturée, et toi si paisible.